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Les musées ont-ils vraiment leur place sur Facebook ?

Ci dessous, un article de mixeum : réflexion sur l’usage des réseaux sociaux au service de la culture. Les questions posées m’ont interpellée… On retrouve les mêmes points de “tension” autour de l’adéquation service public / plateformes privées que ceux que l’on retrouve quand on pense l’usage du web 2.0 au service de l’ éducation et de la formation.

Les interrogations rejoignent celles qu’on évoque quand on débat avec nos collègues formateurs, enseignants… Elles sont incontournables, mais les réponses définitives seront difficiles à trouver. Des pistes peuvent être proposées. Vos commentaires seront bienvenus sur mixeum.net

  • Les musées ont-ils vraiment leur place sur Facebook ?

Quelle est la légitimité des musées à “délocaliser” des contenus de “service public” sur des plateformes “privées” ?

De façon un peu plus explicite, je me pose ces questions : Les musées, en acceptant, de façon plus ou moins consciente, les conditions d’utilisations de ces réseaux (mais qui les a vraiment lues ?), sont-ils en train de s’aliéner volontairement à ces supports dont ils ne maitrisent pas l’administration ? (On l’a vu avec Facebook, les règles de partage et de contrôle des données de chacun veut sont très instables, et pas “communautaires” pour le coup…) Les musées sont ils en train de contribuer volontairement à la sur-puissance de l’industrie des médias en leur fournissant gratuitement leur richesse de contenus et en les rendant, de ce fait, attractifs ? Les musées devraient-ils s’abstenir de “déporter” leur présence sur les plateformes privées telles que Facebook ? Et dans ce cas, comment peuvent-ils rester “accessible” avec les visiteurs en ligne qui, eux, y sont en grand nombre ?

Deux mondes semblent s’opposer quand on veut se positionner sur l’adoption, ou pas, de ces plateformes privées : 

D’un côté les “militants” alertes et avertis du libre (logiciels, réseaux, contenus…), de la neutralité du net…etc…De l’autre le monde du marketing qui s’impose souvent “naturellement” auprès des utilisateurs devenus prescripteurs dans un monde “viral” à la Tupperware…(je reste assez perplexe avec des services web comme Foursquare où chacun, “librement et joyeusement” reçoit des badges de bon consommateur, s’emprisonne dans “territoire” marchand qui le définit et tisse ses relations avec des “amis” qui s’apparentent plus à des clients en compétition “ludique”…).

Personnellement je fréquente avec grand plaisir quelques avocats des libertés du net, du logiciel libre…ces amis m’interpellent (de façon parfois directe mais bienveillante) sur ces questions…Certains sont constitués en association qui portent en elles, dès le départ, dans leurs “gènes”, ces revendications à maitriser les outils, ses contenus, sa présence, à ne pas se laisser aliéner d’une quelconque façon par aucun “compromis”…Ils sont cohérents avec leurs valeurs et dans une logique de démarche…Je voudrais arguer que ce n’est pas celle des musées…qui doivent bien à un moment “rencontrer” leurs publics et ne vont pas les “retrouver” sur ces “terrains” là…Aujourd’hui des plateformes telles que Facebook forme des écosystèmes plus ou moins hermétiques à l’intérieur du web. Pour certains cela “devient” même le web en soi. Ils s’assignent à domicile et ne sortent pas du périphérique circonscrit par leur réseau social…ne pas y tracer son chemin c’est laisser “toute la place” aux autres (et surtout aux marques commerciales, qui elle savent attirer l’attention”)…et c’est, in fine, devenir “invisible”….

Je côtoie également, et je peux lire, des personnes venus d’agences web et du marketing…qui sont un mode de l’efficacité de résultats commerciaux et dont j’apprends aussi beaucoup en terme de démarches stratégiques ou opérationnelles…Dans cet esprit j’ai trouvé intéressant (et pertinent justement) de participer, à une table ronde intitulée “Gérer la e-réputation de son entreprise” il y a quelques jours, dans le cadre d’une rencontre numérique sur Toulouse…En s’inspirant de certaines “bonnes” pratiques, les musées ont, à mon avis, beaucoup à apprendre du domaine marchand quand il s’agit de “rentrer en relation” avec leurs publics (pas “clients”, non faut pas pousser). Maintenant “rencontrer” le visiteur en ligne, doit-elle se faire “n’importe où”, quelque soit la plateforme, au détriment d’une cohérence de “principe” et finalement d’une contradiction essentielle avec ses missions de partage ouverts et libres des savoirs ? 

A supposer que la démarche “d’aller sur les réseaux sociaux” est à un moment posée et réfléchie en ces termes, les musées semblent hésitants…entre opposition frontale ou soumission à un “moindre mal” plus ou moins assumée…

A mon sens, les musées SONT des plateformes d’échanges. Ce sont des “lieux” où des personnes (expertes ou pas, de la communauté professionnelle ou des visiteurs du musées) se rencontrent autours d’affinités pour des idées, un patrimoine…Avec du contenus d’emblée “intéressant” à partager avec ceux qui ont les mêmes intérêts (ce qui n’est pas le cas de toutes les entreprises). Ils ont toute la légitimité pour se positionner de la même façon en ligne et adopter la démarche “relationnelle” des réseaux sociaux.

Mais pour le faire, sont-ils condamnés à adopter des outils “aliénants” ou bien à adopter/construire des outils “alternatifs”, avec le risque, de s’aliéner par rapport à leurs propres “publics”…?

Vous aussi vous avez une idée, des hésitations, un point de vue sur cette problématique ?

  • En complément, j’ai trouvé particulièrement intéressant le “Je ne voulais pas venir sur Facebook” de Jean-no.

Je ne reproduis pas ici cet article très complet dont je vous conseille la lecture.  Jean-no y rend compte de son analyse sur les objectifs de facebook, ses “dysfonctionnements”, les types de communication que produit cette plate-forme. Il y traite des limites de ce système et des dérives possibles voire de ses dangers.

Morceaux choisis :

  • au sujet de nos existences soit-disant “virtuelles” :

une communication par voie électronique peut avoir une incidence professionnelle, juridique ou amicale aussi importante qu’une conversation dans un café ou une réunion en entreprise, contrairement à ce qui se passe (ou ne se se passe pas) dans des espaces effectivement virtuels tels que le rêve ou l’imaginaire.”

  • Au sujet de “la gestion” de l’identité numérique : 

On dit souvent que les internautes se « cachent » derrière leur écran  (on devrait dire « devant leur écran », techniquement parlant), mais c’est sans doute aussi vrai que c’est faux. Car s’il est exact que l’on ne s’expose pas au regard d’autrui lorsque l’on communique de manière potentiellement anonyme par le biais d’un clavier et d’un écran, il est tout aussi exact que l’on ose sans doute plus être « soi-même » dans ces mêmes conditions d’intimité.
Mais qu’est-ce que « soi-même » pour un animal social comme l’être humain ?

  • Au sujet de la “confidentialités des données :

Facebook n’est pas un lieu où l’on expose passivement son identité, c’est un lieu où l’on construit, où l’on communique activement et consciemment  son identité. Enfin plus ou moins, car certaines informations, qui nous semblent négligeables, peuvent avoir un intérêt commercial très important pour FaceBook et ses partenaires : les liens entre les personnes ou encore les pages ou les commentaires que l’on a déclaré « aimer ».

….

À une banque, nous confions la gestion de nos économies ; À un réseau social, nous confions des données, des pensées, des images, et la gestion d’une partie de notre vie amicale : un vrai trésor.

  • Au sujet du potentiel du réseau, et du “libre - arbitre” :

“Puisque notre environnement social sur Facebook est constitué de familiers, la vraie limite de ce système me semble donc résider dans l’incapacité que l’on a à y rencontrer des personnes inattendues et des opinions inattendues. En fait, j’ai l’impression que l’on peut même difficilement y avoir des conversations non-consensuelles. Plus on accumule les « amis » et plus on est, mécaniquement, poussé à s’exprimer de manière consensuelle.”

“FaceBook est un lieu d’entretien du lien social, donc, mais pas un outil de communication.”

Il est évident que ces extraits, subjectivement choisis, ne rendent compte que partiellement de l’article Je ne voulais pas venir sur Facebook” que je vous recommande de lire en faisant totale abstraction de l’avertissement de son auteur !  Il complète bien les problématiques abordées dans l’article de mixeum reproduit ici même.

 
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